LE PETIT JOURNAL, 22 juillet 1945 – Prise 2

Voici toute l’histoire.

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LE PETIT JOURNAL, 22 juillet 1945

Hautes décorations à un brave

Le chef d’escadrille Laporte a par 3 fois, sauvé son équipage de la mort

« Sans la bravoure et le courage du chef d’escadrille Roland Laporte, nous serions morts au moins trois fois! » Voilà ce que nous a déclaré l’officier-pilote Jacques Lamontagne, sans-filiste à bord du bombardier du chef d’escadrille Laporte. Et, les autres membres de l’équipage d’ajouter: « Oui, nous lui devons la vie et il a bien mérité ses décorations et ses grades. Nous sommes fiers de servir sous un tel chef. »

Septembre 1939

Né à Montréal le 3 février 1918 du mariage d’Émile Laporte et Yvonne Laporte, il fit ses études à Montréal et quelques années plus tard, soit dès les premiers jours du conflit, en septembre 1939, il s’engagea comme volontaire dans l’aviation canadienne comme simple aviateur.

Il étudia pour devenir mécanicien mais le jeune Laporte avait de l’ambition: il voulait se marler et devenir pilote. Il épousa donc Mary Leblanc, une charmante Acadienne de la Nouvelle-Écosse. Cette dernière mit tout en œuvre pour permettre à son mari de poursuivre ses études afin qu’il obtienne son brevet de pilote commercial. Elle économisa donc le plus possible sur sa solde d’aviateur. Au mois de mars 1941 Roland Laporte recevait le brevet qui devait lui ouvrir les portes de la gloire et des honneurs.

Ses chefs ont remarqué son application à l’étude, son intelligence et son esprit d’initiative et ils lui permirent de suivre des cours d’instructeur de vol à Trenton, Ont., et ainsi le 20 août 1941 il gagnait son premier grade, celui d’officier d’aviation. En novembre de la même année, il était nommé instructeur à St-Hubert, poste qu’il occupa durant un an et demi. Puis il fut transféré au Cap-de-la-Madeleine avec le grade de lieutenant de section et en charge d’une escadrille.

Rêve réalisé

Un an plus tard il réalisa son rêve. On accepta sa demande de rejoindre l’escadrille des « Alouettes », qui se couvrait de gloire. Cependant, Laporte dut retourner à St-Hubert suivre un entrainement préliminaire et le 8 avril 1944 il s’embarquait pour l’Angleterre.

Il passa ses premiers mois outre-mer à suivre un entrainement intensif dans une école de bombardement, puis on lui fournit un équipage, avec lequel il devait se couvrir de gloire.

Au représentant du Petit Journal le chef d’escadrille Laporte a déclaré: « Lorsqu’on m’a confié mon équipage, je ne savais pas la grandeur et le sublime qu’évoque pour moi aujourd’hui ce mot: « équipage », synonyme de franchise, de noblesse, de camaraderie et de générosité réciproque.

Durant trois mois mes Compagnons et moi nous nous entrainâmes afin de bien nous connaître et nous comprendre.

Roland Laporte

Le chef d’escadrille Roland Laporte, de Montréal, qui a reçu la Distinguished Flying Cross deux fois en moins de 15 jours, à la suite d’actes des plus héroïques.

« Et aujourd’hui, après avoir bataillé ensemble, après avoir vécu ensemble des cauchemars, nous retournons, et lorsque nous serons démobilisés, ensemble nous nous aiderons. Notre vie d’équipage, monsieur, c’est pour la vie maintenant, dans les bons comme dans les mauvais jours. »

Ces simples phrases, le chef d’escadrille Laporte les avaient prononcées d’une voix sourde et, dans le regard de ses compagnons de gloire, on remarquait la même détermination, la même ténacité et la même foi dans « l’équipage ». Ces hommes ne se laisseront plus, on en a la ferme conviction.

Après avoir subi un dernier entraînement de commandos durant un mois et demi, l’équipage était prêt à affronter l’ennemi. Le 28 décembre 1944, il quittait pour la première fois le sol de l’Angleterre en direction de Cologne pour en bombarder les voies ferroviaires. Tous avaient le sourire aux lèvres, mais le cœur un peu gros. Surtout en voyant défiler sous leurs yeux les campagnes de France qui ressemblent tellement à celles de chez nous.

Des coups de canons! Des nuages blancs! C’était la D.C.A. allemande. Cela tranquillisa les membres de l’équipage. Tous reprirent leur sang-froid. Le bombardement eut lieu, l’équipage retourna à sa base. Treize fois on recommença et chaque fois l’équipage revenait heureux d’avoir atteint l’objectif et ainsi d’avoir déjoué l’ennemi.

Haute décoration

« C’était trop beau, » de nous dire l’officier pilote Lamontagne. « Au quatorzième tour, nous avions l’ordre de bombarder les centres ferroviaires de Chemnitz, au sud-ouest de Berlin. Et c’est à la suite de ce raid que notre chef reçut sa Distinguished Flying Cross. »

À ce moment du récit l’équipage entier voulait raconter l’aventure afin de mettre plus en valeur le rôle incontestablement héroïque de Roland Laporte. Avec modestie ce dernier se récusa et, voyant pour une fois que son équipage n’était pas d’accord avec lui, il s’excusa, prétextant un appel téléphonique, ceci afin de ne pas entendre les éloges que ses hommes désiraient nous communiquer.

Le sous-lieutenant d’aviation Rodrigue prit la parole au nom de tous. Très calmement il nous relata avec sobriété l’héroïque équipée suivante:

« Comme Jacques vient de vous le dire, nous devions nous rendre au sud de Chemnitz, mais dès que nous eûmes quitté les côtes anglaises, un de nos moteurs s’arrêta. Notre devoir était de retourner en arrière car la distance qui nous restait à parcourir, aller et retour, était de 18,050 milles. Personne d’entre nous ne désirait revenir en arrière, cela aurait été trop malheureux que des Canadiens français ne puissent pas remplir la mission confiée. Et, comme le lieutenant d’aviation Laporte avait résumé la pensée de tous en disant: « Trois moteurs fonctionnent encore, » nous avons continué notre route.

« Malheureusement en passant au-dessus des côtes de France nos appareils de bord se détraquèrent, moins un compas. Cela suffisait pour me guider mais à contre-coeur j’avertis le lieutenant Laporte du désastre. Il me répondit: « On y va ». Alors, heureux, nous fonçâmes sur l’objectif.

« L’ennemi nous attendait de pied ferme. D.C.A., chasseurs et plongeurs s’étaient donné le mot pour nous descendre. Car, les chameaux! ils s’apercevaient que nous n’avions que trois moteurs. À ce moment nous étions seuls pour faire le raid, les autres étaient retournés à la base. Notre moteur mort était la cause de notre retard et l’ennemi en profitait. Cependant nous avions confiance en l’équipage et au lieutenant de section Laporte qui malgré un travail harassant blaguait sur le tir de nos mitrailleurs. Il taquinait St-Onge en lui demandant s’il pratiquait le dessin en mitraillant l’ennemi. Mais le nombre de ces derniers augmentait et nous avons dû descendre dans les nuages, y demeurer durant quatre heures afin de les dépister. Ce raid, qui devait durer huit heures, nous en prit neuf, mais nous avions bombardé l’objectif et, de plus, le chef avait sauvé l’appareil. Voilà ce qui lui a valu sa Distinguished Flying Cross. »

équipage de Laporte

Voici équipage du chef d’escadrille Laporte. De gauche à droite, on remarque: l’officier-pilote Laurent Véronneau, de St-Hughes, Québec, quI servait comme mitrailleur, ainsi que le sergent-major R. St-Onge, de Montréal; le sous-lieutenant d’aviation P. Rodrigue, de Montréal, agissait comme navigateur; le chef d’escadrille Roland Laporte (dans le temps lieutenant de section), le lieutenant d’aviation Jack Foley, d’Ottava, comme bombardier; le sergent R. Arcand, des Trois-Rivières, Québec, qui agissait comme ingénieur et qui disparut dans un raid; l’officier-pilote Jacques Lamontagne, de Montréal, comme sans-filiste. Cet équipage a combattu durant près d’un an dans le ciel de l’Europe.

Bombardier en flammes

Puis, Jacques Lamontagne d’enchaîner: « Maintenant, si vous le voulez bien, avant que le chef d’escadrille soit de retour, je vais vous conter un autre fait qui prouve son sang-froid et sa force morale peu commune:

« Une autre section des Alouettes devait se rendre sur Hagen, dans la Ruhr. Au dernier moment nous apprenons qu’un équipage ne peut monter, car l’un de ses membres est gravement malade. Nous partons afin d’obtenir la permission de voler à la place de cet équipage. Nous avons eu beaucoup de difficulté à obtenir cette permission, car déjà nous avions six raids accomplis dans le même mois, alors qu’on ne peut ordinairement voler que quatre fois. Avec 20 minutes de retard sur les autres, nous décollons pour notre septième raid dans le même mois. Nous avons rejoint le gros de l’escadrille sur le Rhin, mais un bombardier de la section ne nous avait pas vu et il fonce sur nous. Avec calme Laporte évite l’accident au grand soulagement de tous.

« Puis nous sommes entrés dans le bal, et quel bal! La D.C.A. allemande tirait juste. Elle nous a craché un obus dans le fuselage, mais nous avons tenu ferme en prenant le temps de jeter nos bombes. En revenant vers notre base, des Junkers 88 nous attaquèrent dans le ciel belge, notre moteur d’extrême droite prit feu et des balles traversèrent la carlingue, cependant personne ne fut blessé. Laporte réussit à nous sortir de là. Mais, quelques minutes plus tard, nous devions subir une autre attaque. Cette fois le bombardier prit feu et, malgré l’héroïque travail de notre ingénieur, qui, même blessé, fit des efforts surhumains pour éteindre l’incendie, sa bravoure, hélas! ne fut pas récompensée car l’autre moteur droit sauta. Laporte, blessé aux coudes, donna à tous l’ordre de sauter en parachute. »

À ce moment St-Onge interrompit Lamontagne pour ajouter: « Il était 21 h 18, je m’en souviens, j’ai regardé ma montre en sautant en parachute. »

Et Lamontagne de continuer son récit: « Nous fûmes tous rescapés par des Américains qui nous prodiguèrent les premiers soins. Le lendemain nous avons appris, avec beaucoup de peine, que notre pauvre camarade Arcand n’avait pas…

Et Lamontagne de continuer son récit: « Nous fûmes tous rescapés par des Américains qui nous prodiguèrent les premiers soins. Le lendemain nous avons appris, avec beaucoup de peine, que notre pauvre camarade Arcand n’avait pas…été retrouvé. Nous nous rendîmes alors dans la petite église de ce village belge afin de prier pour notre camarade Arcand, si chic type et si brave. En sortant nous avions un peu de poussière dans nos yeux…

Les Américains nous transportèrent à Bruxelles et de là nous revinrent en Angleterre, pour recevoir trois semaines de vacances, Nous étions heureux, mais le comble de notre bonheur, ce fut lorsque nous apprîmes que notre chef d’escadrille venait de recevoir un agrafe à sa Distinguished Flying Cross. Les Canadiens français qui ont reçu la Distinguished Flying Cross deux fois sont rares, mais bien plus rares sont les pilotes qui l’ont reçue en moins de 15 jours. » Nous avons appris que deux autres raids furent effectués par cet équipage de héros avant l’armistice, puis ce fut l’entraînement pour Ia traversée de l’océan afin de revenir au pays.

Avant de quitter l’équipage, les hommes du chef d’escadrille Laporte ont prié le représentant du Petit Journal d’écrire une dernière fois combien ils doivent la vie à leur chef. Et tous de déclarer: « Quand les choses allaient mal, que nous avions de la misère dans l’accomplissement de nos mission, nous regardions le chef, et son calme et sa force morale nous encourageaient à tenir le coup. Nous lui devons la vie. 5a femme et ses enfante doivent être heureux d’avoir un héros aussi brave. aussi chic, aussi bon que lui. »

La prochaine fois, une photo inédite de l’atterrissage de Laporte à Scoudouc au Nouveau-Brunswick en juin 1945.

5 réflexions sur “LE PETIT JOURNAL, 22 juillet 1945 – Prise 2

  1. Bel article, merci. Une question “votre” Laporte est-il le frère de “mon” Laporte… pilote de l’Halifax LK 810 abattu au Mans le 23 mai 1944?

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