Dur à suivre – l’histoire d’Euloge « Butch » Bouchard

Vous pouvez consulter toutes ses missions ici dans le log book de son pilote.

Rodolphe Lafreni+¿re

Deux histoires.

425 45e 010

Quel pilote n’a pas déclaré « mon équipage est le meilleur qui existe ». Je ne manque pas à cette tradition en disant: j’avais le meilleur équipage. Aux Alouettes durant la guerre, un équipage comprenait un pilote, un navigateur, un bombardier, un sans-filiste, un ingénieur et deux mitrailleurs. Mon équipage était formé de «Butch» navigateur, «Doug» bombardier. «Charlie» sans-filiste, «Arthur» ingénieur, «Red» mitrailleur et «Junior» mitrailleur. Il faut dire que dans le cas de Junior (le jeune) nous étions tous âgés d’au moins six mois de plus que lui.

J’aimerais raconter une courte anecdote sur chacun d’eux.

Commençons par Junior; je ne sais pas s’il se rappelle aujourd’hui la goutte de sang qu’il a versé pour la patrie. C’est au retour d’une de nos premières missions que nous avons observé sous son oeil droit une légère égratignure d’où avait perlée une goutte de sang. Après vérification, nous avons observé deux trous dans sa tourelle de mitrailleur. Le petit éclat d’obus lui avait tout simplement laissé une trace en passant.

Parlons maintenant de Red, nécessairement une tête rouge. Je me souviens de son calme. Que dire du soir sur le chemin du retour alors que nous volions juste au-dessus d’une couche de nuages, avec un clair de lune. J’entends encore Red annoncer calmement : « Skipper il y a un chasseur ennemi qui nous suit depuis un bon moment, qu’est-ce qu’on fait ? » Nous nous sommes échappés en plongeant dans les nuages, d’où nous sommes ressortis après une vingtaine de minutes. Il n’y avait plus de trace du chasseur.

Arthur était un anglais de la RAF prêté à l’escadrille. Grand amateur de mes tablettes de chocolat canadien que je recevais en abondance de mes parents. Il se tenait toujours debout à ma droite quand il n’était pas occupé à ses moteurs. Il m’a surpris un soir quand je lui ai offert une tablette de chocolat en ne me répondant pas. Le regardant avec attention et comme il ne réagissait pas à mes appels, j’ai pensé à un manque d’alimentation en oxygène. C’était son tube d’arrivée d’oxygène qui était givré. Une fois la réparation faite, il est revenu rapidement à lui, mais il ne devait pas être tout-à-fait endormi car il m’a immédiatement réclamé la tablette de chocolat.

Charlie le sans-filiste vivait pratiquement dans un monde à part car dès le décollage. il devait de par son travail se débrancher du système d’intercom de l’avion pour pouvoir écouter les différentes fréquences radio utilisées, transmettre à la base les rapports du déroulement de la mission et jeter dans le ciel ennemi ces longues bandes métalliques appelées « windows ». De temps à autre, sur le chemin du retour quand tout était calme, nous pouvions écouter de la musique populaire de la BBC grâce à ses radios.

Doug, le bombardier, était très actif durant les dernières minutes de vol avant le lancement des bombes et me donnait ses instructions pour effectuer un bon tir. Ces minutes étaient peut-être les plus dangereuses de la mission car il fallait garder une plate-forme de lancement stable. Il n’était pas question de manœuvres évasives. Une fois tout de même il a dépassé les bornes quand il m’a demandé de revenir sur la cible car il avait manqué son tir!

Et Butch, le navigateur, qui avait peut-être le travail le plus ingrat de tout l’équipage. Confiné dans son petit alcôve sans une vue vers l’extérieur il devait à chaque minute être en mesure de fournir la position de l’avion. donner les changements de caps, vérifier les changements de la météo, etc. Le tout pour pouvoir arriver sur la cible à la minute près et ceci après un voyage de plusieurs centaines de milles. Nous sommes toujours revenus à bon port. Une fois seulement, je pense. il a voulu nous démontrer que nous étions tous dépendants de lui quand il nous a annoncé : « Je ne sais pas où nous sommes » et après nous avoir laissé réfléchir là-dessus, il dit: « Cap au 347. descente 300 pieds minutes à 190 à l’heure. Nous serons à la base dans 17 minutes » .

Nous avons fait ensemble nos 36 missions. Alors si on me demande si j’avais un bon équipage!…

425 45e 009

Notre entraînement nous permettait le pilotage sans visibilité, mais il faut se rappeler que nous étions souvent plusieurs centaines d’avions dans le ciel et c’est pourquoi il y a eu de multiples accrochages dans les airs avec comme résultats habituels la perte de deux avions et de leurs équipages. J’ai moi-même eu un accrochage au-dessus de l’Angleterre avant de prendre la direction de la cible. Je peux vous dire que mon équipage et moi avons passés plusieurs heures sous une forte tension, ne sachant pas l’étendue des dommages et nous demandant si le tout tiendrait la durée de la mission.

C’est ce qui m’amène à vous parler de la vision d’un arbre de Noël en mars. La tactique, ce soir-là, était de faire la première partie du trajet au-dessus de la Mer du Nord à basse altitude avant de prendre de la hauteur pour traverser la côte ennemie. La consigne pour ce genre d’opération était toujours de voler sans utiliser les lumières de navigation. Nous étions à une altitude de quelques 1500 pieds, sous une épaisse couche de nuages, la nuit. Alors que dire de la visibilité, on ressentait de temps à autres une turbulence causée par un autre avion qui venait de croiser notre route. Tout à coup, j’ai vu devant moi au loin une énorme houle de feu, c’était deux avions qui venaient de s’accrocher et d’exploser. Et c’est là qu’en un instant le ciel, sous les nuages, s’est éclairé comme un arbre de Noël. Tous les pilotes ayant allumé leurs lumières de navigation, jugeant pour l’instant moins dangereux le repérage par l’ennemi que le danger de collision avec un avion ami.

Les photos partagées par le fils de son pilote?

Pourquoi pas…

Ici…

Dur à suivre?

Et Butch, le navigateur, qui avait peut-être le travail le plus ingrat de tout l’équipage. Confiné dans son petit alcôve sans une vue vers l’extérieur il devait à chaque minute être en mesure de fournir la position de l’avion. donner les changements de caps, vérifier les changements de la météo, etc. Le tout pour pouvoir arriver sur la cible à la minute près et ceci après un voyage de plusieurs centaines de milles. Nous sommes toujours revenus à bon port. Une fois seulement, je pense. il a voulu nous démontrer que nous étions tous dépendants de lui quand il nous a annoncé : « Je ne sais pas où nous sommes » et après nous avoir laissé réfléchir là-dessus, il dit: « Cap au 347. descente 300 pieds minutes à 190 à l’heure. Nous serons à la base dans 17 minutes » .

I do my best.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s