«Mon équipage est le meilleur qui existe… »

Ma série d’articles sur les anecdotes tirées du document du 45e anniversaire du 425 Alouette se termine avec ce beau témoignage du père d’André Lafrenière.

Rodolphe Lafreni+¿re

Tout cet exercice d’écriture n’avait pour but que de mettre en ligne le plus d’information possible sur les moteurs de recherche, et permettre ainsi à des membres des familles de ces aviateurs de me contacter, puis partager, s’il le désire, les souvenirs de guerre de leur père.

«Mon équipage est le meilleur qui existe… »

Flight Lieutenant Rodolphe Lafrenière

425 45e 010

Quel pilote n’a pas déclaré « mon équipage est le meilleur qui existe ». Je ne manque pas à cette tradition en disant: j’avais le meilleur équipage. Aux Alouettes durant la guerre, un équipage comprenait un pilote, un navigateur, un bombardier, un sans-filiste, un ingénieur et deux mitrailleurs. Mon équipage était formé de «Butch» navigateur, «Doug» bombardier. «Charlie» sans-filiste, «Arthur» ingénieur, «Red» mitrailleur et «Junior» mitrailleur. Il faut dire que dans le cas de Junior (le jeune) nous étions tous âgés d’au moins six mois de plus que lui.

J’aimerais raconter une courte anecdote sur chacun d’eux.

Commençons par Junior; je ne sais pas s’il se rappelle aujourd’hui la goutte de sang qu’il a versé pour la patrie. C’est au retour d’une de nos premières missions que nous avons observé sous son oeil droit une légère égratignure d’où avait perlée une goutte de sang. Après vérification, nous avons observé deux trous dans sa tourelle de mitrailleur. Le petit éclat d’obus lui avait tout simplement laissé une trace en passant.

Parlons maintenant de Red, nécessairement une tête rouge. Je me souviens de son calme. Que dire du soir sur le chemin du retour alors que nous volions juste au-dessus d’une couche de nuages, avec un clair de lune. J’entends encore Red annoncer calmement : « Skipper il y a un chasseur ennemi qui nous suit depuis un bon moment, qu’est-ce qu’on fait ? » Nous nous sommes échappés en plongeant dans les nuages, d’où nous sommes ressortis après une vingtaine de minutes. Il n’y avait plus de trace du chasseur.

Arthur était un anglais de la RAF prêté à l’escadrille. Grand amateur de mes tablettes de chocolat canadien que je recevais en abondance de mes parents. Il se tenait toujours debout à ma droite quand il n’était pas occupé à ses moteurs. Il m’a surpris un soir quand je lui ai offert une tablette de chocolat en ne me répondant pas. Le regardant avec attention et comme il ne réagissait pas à mes appels, j’ai pensé à un manque d’alimentation en oxygène. C’était son tube d’arrivée d’oxygène qui était givré. Une fois la réparation faite, il est revenu rapidement à lui, mais il ne devait pas être tout-à-fait endormi car il m’a immédiatement réclamé la tablette de chocolat.

Charlie le sans-filiste vivait pratiquement dans un monde à part car dès le décollage. il devait de par son travail se débrancher du système d’intercom de l’avion pour pouvoir écouter les différentes fréquences radio utilisées, transmettre à la base les rapports du déroulement de la mission et jeter dans le ciel ennemi ces longues bandes métalliques appelées « windows ». De temps à autre, sur le chemin du retour quand tout était calme, nous pouvions écouter de la musique populaire de la BBC grâce à ses radios.

Doug, le bombardier, était très actif durant les dernières minutes de vol avant le lancement des bombes et me donnait ses instructions pour effectuer un bon tir. Ces minutes étaient peut-être les plus dangereuses de la mission car il fallait garder une plate-forme de lancement stable. Il n’était pas question de manœuvres évasives. Une fois tout de même il a dépassé les bornes quand il m’a demandé de revenir sur la cible car il avait manqué son tir!

Et Butch, le navigateur, qui avait peut-être le travail le plus ingrat de tout l’équipage. Confiné dans son petit alcôve sans une vue vers l’extérieur il devait à chaque minute être en mesure de fournir la position de l’avion. donner les changements de caps, vérifier les changements de la météo, etc. Le tout pour pouvoir arriver sur la cible à la minute près et ceci après un voyage de plusieurs centaines de milles. Nous sommes toujours revenus à bon port. Une fois seulement, je pense. il a voulu nous démontrer que nous étions tous dépendants de lui quand il nous a annoncé : « Je ne sais pas où nous sommes » et après nous avoir laissé réfléchir là-dessus, il dit: « Cap au 347. descente 300 pieds minutes à 190 à l’heure. Nous serons à la base dans 17 minutes » .

Nous avons fait ensemble nos 36 missions. Alors si on me demande si j’avais un bon équipage!…

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