« Je ne peux plus tenir l’avion! Nous allons nous écraser…»

Jean Fontaine se raconte

« Je ne peux plus tenir l’avion! Nous allons nous écraser…»
Flight Lieutenant Jean Fontaine, D.F.C., C.D.

Le 28 février 1943, notre escadrille de bombardiers Wellington fut appelée à bombarder une base sous-marine à St-Nazaire, en France. Nous quittions la base Dishforth à partir d’une piste en herbe.

Notre équipage (j’étais le radio) fut assigné au bombardier « F » pour Freddie, un prototype capable de transporter une bombe gigantesque de 4000 livres. Le temps était au beau fixe avec un ciel dégagé et des vents légers. Le décollage fut prévu pour dix-huit heures dans des conditions idéales.

Le Sergent Norm Brosseau du Cap-de-la-Madeleine était notre Capitaine et j’étais debout derrière lui dans la cabine de pilotage lorsqu’il mit les gaz à fond. Nous commencions à prendre de la vitesse et nous avions déjà parcouru la moitié de la piste lorsque je remarquai que le Capitaine regardait le moteur à tribord avec inquiétude. Notre vitesse n’augmentait plus. Nous continuâmes quand même et au bout de la piste d’atterrissage, nous fûmes confrontés à une route rurale avec seulement 90 noeuds au badin.

Aucune alternative s’offrait à Norm ; il tira sur le « joystick » pour essayer de prendre un peu d’altitude. Lorsque le train d’atterrissage remonta, l’indicateur de vitesse indiquait 95 noeuds et je crus que nous étions sauvés. Quelques secondes plus tard, Norm dit: «je ne peux plus tenir l’avion! Nous allons nous écraser».

Mon esprit devint obnubilé par la bombe de 4000 livres qui était logée dans le ventre de l’avion. Je fermai les yeux, pensant que l’explosion prodigieuse me projetterait au ciel. Étonnamment, nous atterrîmes délicatement et en douceur dans le champ labouré d’un fermier. Si j’avais été assis à ma place dans la cabine de pilotage, j’aurais été sévèrement blessé. Le transmetteur de radio était tombé dans mon siège à l’impact de notre écrasement. Les ceintures de sécurité sont sécuritaires, mais…

Lorsque je rentrai dans le bureau de la section de Radio le lendemain matin, un copain me dit: « après cela, mon ami, je soupçonne que vous allez survivre à votre tour de service opérationnel!

Il eut raison. J’ai survécu à mes deux tours de service opérationnels.

Amen.

 

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2 réflexions sur “« Je ne peux plus tenir l’avion! Nous allons nous écraser…»

  1. Oui, intéressant…
    Comme je vous en avais déjà parlé, il y a quelques années, une  »médaille de mère » passa dans un encan américain. Elle était nommée à un gars de Trois-Rivières, mais il périt en bout de piste avec ce même type de bombe.

    Je ne me souviens pas de son nom malheureusement…

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