« À l’heure du midi, le thermomètre atteignait 130 ° et même 140 ° F… »

J’ai utilisé un logiciel de reconnaissance optique de caractères pour retranscrire l’histoire de Gabriel Taschereau, permettant ainsi un accès aux informations par les différents moteurs de recherche.

«À l’heure du midi, le thermomètre atteignait 130 ° et même 140 ° F… »
Group Captain Gabriel Taschereau, D.F.C., C.D., A.D.C.

Tous les équipages furent dotés de nouveaux appareils, des Wellington Mk X, spécialement adaptés pour affronter le climat tropical. Après avoir accompli un effort de guerre remarquable pendant son séjour à Dishforth, dans le Yorkshire, l’escadrille 425 fut mutée en Afrique du Nord au printemps de 1943, pour lui permettre d’écrire le deuxième chapitre de sa brillante épopée.

À quelques exceptions près, les aviateurs qui comptaient déjà plus de vingt missions de bombardement à leur crédit furent affectés à d’autres escadrilles canadiennes demeurant en Angleterre. Ceux qui insistèrent pour suivre leur escadrille en Afrique furent informés qu’il leur faudrait compléter au moins vingt autres raids avant d’être rapatriés. Ce fut le cas de plusieurs.
Quelques temps avant le grand départ, les deux adjoints du commandant, les squadron leaders Georges Roy et Logan Savard, furent promus au grade de wing commander et nommés chacun à la tète d’une nouvelle escadrille. Tous les équipages furent dotés de nouveaux appareils, des Wellington Mk X, spécialement adaptés pour affronter le climat tropical du lieu de leur nouvelle affectation en Tunisie, un endroit désertique situé à une trentaine de milles au sud-ouest du Kairouan, entre deux villages arabes nommés Pavillier et Ben-Zina.

425 45e 018 Wellington X

Le trajet s’effectua en plusieurs étapes: Dishforth, Portreath, Gibraltar, Fez (Maroc), Telergma (Algérie), et enfin la nouvelle base baptisée Pavillier-Zina. Dès ce moment, l’escadrille 425 devenait partie composante de l’escadre 331 du groupe 205 de la North-West African Strategical Air Force.

Cette arrivée en terre étrangère ne s’effectua pas sans susciter quelques désagréments: aucune végétation, aucun bâtiment; donc, pas d’ombre pour se protéger des rayons d’un soleil de plomb; du sable et de la poussière; des mouches, des scorpions, des tarentules et des moustiques. Ces derniers insectes étant porteurs de malaria, il nous fallait avaler un comprimé de quinine par jour, à titre préventif. De plus, l’eau étant denrée rare, elle nous était distribuée parcimonieusement, d’autant plus qu’il fallait aller la chercher en camion-citerne dans un puits situé à une dizaine de kilomètres du camp. Et un beau jour, les préposés à ce service revinrent bredouilles, en mentionnant que le puits était tari, et qu’on avait découvert au fond le cadavre d’une vieille mule.

Fini le luxe relatif du mess de Dishforth, arec ses chambres propres et son mess agréable les installations à Kairouan étaient plutôt rudimentaires.

425 45e 018 toilettes

Malgré tout, le moral des troupes se maintenait au beau fixe. L’enthousiasme régnait à tous les niveaux. Sous le commandement du wing commander Joe St-Pierre, et de ses nouveaux adjoints, les squadron leaders Claude Hébert et Baxter Richter, les opérations aériennes contre l’ennemi reprirent de plus belle, mais dans des conditions radicalement différentes de celles que nous avions connues à Dishforth. Les chasseurs allemands étaient toujours à l’affût, mais se faisaient moins nombreux ; la D.C.A. et les faisceaux de projecteurs moins menaçants. Et nous n’avions plus à affronter cet ennemi redoutable qu’était le givrage. Par contre, nos moteurs avaient souvent tendance à chauffer, ce qui n’avait rien de très rassurant.

Côté confort, ce n’était ni le Ritz, ni le Savoy. Fini le luxe relatif du mess de Dishforth, avec ses chambres proprettes et sa salle à manger bien garnie; absentes, les gentilles et dévouées «batwomen », ces anges de la W.A.A.F. ; devenues chimériques les tournées de « pubcrawling» à Ripon Boroughbridge, Harrogate et York.

Si le soir et la nuit nous apportaient une diversion sous la forme de missions de bombardement, le jour, par ailleurs, nous semblait interminable. Le seul endroit où nous pouvions relaxer quelque peu était à l’ombre des ailes de nos appareils, car dans nos tentes la chaleur était tout simplement étouffante. À l’heure du midi, le thermomètre atteignait 130° et même 140° Fahrenheit, ce qui nous permettait de faire cuire aisément un œuf occasionnel sur une tôle exposée au soleil. Un autre sujet de réjouissance: le menu. Au petit déjeuner, nous avions droit à du «corned beef» ; au lunch, encore du « corned beef»; et le soir, pour faire changement toujours du « corned beef».

C’est ainsi que pour pallier à cette carence du régime alimentaire, certains équipages, au cours de leur N.F.T., (envolée quotidienne d’essai) s’arrangeaient pour simuler une panne de moteur à proximité d’une base de la U.S. Air Force, et ce, à l’heure du lunch. Nous étions alors conviés par nos confrères américains à partager leur festin: repas de quatre services, avec bière, thé, café, limonade fraîche, crème glacée, etc., etc. Ainsi, bien repus et nos moteurs reposés, nous redécollions pour regagner notre base, remplis de cet optimisme euphorique propre à nos vingt ans.

Nos objectifs militaires variaient avec l’avance des forces de l’infanterie. Avant le débarquement du 9 juillet, nous attaquions de nuit les aérodromes de Catane, Messine et Gerbini, les places fortifiées comme Sciacca et Enna, ainsi que les berges du détroit de Messine. Plus tard, après l’invasion proprement dite, nos cibles remontaient graduelle-ment le long de la botte italienne. C’est ainsi qu’à tour de rôle Reggio, Naples, Capodichino, Salerne, Scaletta, Avellino, Montecorvino, Aversa, Formia, Grazziani, Cerveteri et combien d’autres localités, ports de mer ou cours de triage, connurent les assauts répétés des Wellington de l’escadrille 425.

Les succès obtenus par les équipages aériens étaient en grande partie le résultat de l’étroite collaboration qui existait entre les « pigeons » et les « pingouins ». Tous ces valeureux mécaniciens, armuriers, électriciens. chauffeurs, techniciens de toute sorte, dirigés de main de maître par le flight lieutenant Hilaire Roberge. n’ont jamais ménagé ni leur temps ni leurs efforts pour assurer un entretien impeccable des avions qui leur avaient été confiés.

Les services administratifs, sous l’habile direction du flight lieutenant Edmond Danis, furent également toujours irréprochables. En dépit de notre isolement, et des difficultés de communication, notre sympathique adjudant a constamment réussi à manœuvrer pour assurer un fonctionnement bien rodé des rouages de l’escadrille.

Du côté spirituel, c’est notre dévoué padre, le père Maurice Laplante, qui s’occupait avec beaucoup de succès d’assurer la protection divine sur ses ouailles basanées. Il célébrait la messe quotidienne à l’abri d’une « marquise», et bénissait régulière-ment les avions en partance pour leur destin.

Concernant la santé physique de nos troupes, nous n’avons que des éloges à l’endroit de notre service médical. Ce service était régi par le docteur Hector Payette, le « petit doc», qui, malgré sa petite taille, a toujours su se montrer à la hauteur de la situation. C’est lui qui a réussi à nous guérir de la dysenterie qui nous a tous affectés au début, en nous gavant d’huile de ricin par l’intermédiaire d’un entonnoir placé dans la bouche de ses patients. C’est également lui qui veillait à l’administration des comprimés de quinine et d’atabrine contre la malaria, et des «mottons» de sel pour combattre la déperdition d’eau par la sueur. Et combien de cas d’insolation a-t-il été appelé à traiter! Sans compter les soins aux blessés, comme ce fut le cas pour le sergent Léon Roberge, un sans-filiste qui est revenu d’un raid avec un éclat d’obus dans la cuisse et des balles de mitrailleuse dans les mollets, suite à une rencontre inopinée avec un Junkers 88.

Après un séjour de six mois sous le ciel brûlant du sud de la Tunisie, l’escadrille rentrait en Angleterre. Mais avant de pouvoir jouir de vacances bien méritées, il fallut nous soumettre à une cure d’épouillage dans un hôpital de West Kirby, afin de nous débarrasser des puces des sables (sand fleas) rapportées d’Afrique, et qui avaient élu domicile entre le derme et l’épiderme de chacun de nous.

La plupart des « navigants » furent dirigés par la suite vers les O.T.U. (écoles d’entraînement opérationnel) pour y servir en qualité d’instructeurs, et faire ainsi bénéficier de leur expérience et de leurs connaissances les équipages frais émoulus du Canada. Ces nouveaux équipages, une fois leur stage en O.T.U. terminé, allèrent rejoindre les services sédentaires déjà installés dans leur nouvelle base de Tholthorpe, pour y entreprendre la troisième phase de l’histoire épique de la 425e escadrille du Corps d’aviation royal canadien.

425 45e 020 Gabriel Taschereau

Ce texte de Gabriel Taschereau prend un tout nouvel éclairage quand on regarde les photos de la collection de Roly Leblanc, partagées par son fils en novembre 2011.

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