Jacques Morin nous raconte: son entraînement à Mont-Joli

J’ai commencé à numériser le logbook de Jacques Morin.

Voici les premières pages.

Si je veux présenter son logbook, c’est pour faire en sorte que si jamais vous en trouvez un, il serait important de ne pas le mettre à la poubelle comme la soeur d’Eugène Gagnon qui l’avait fait en même temps qu’y mettre ses médailles de guerre.

On fait des choses dans la vie que l’on regrette par la suite… toute sa vie…

Elle l’avait dit à Marcel Bergeron pour qui Eugène était son héros de jeunesse.

Voici donc ces premières pages du logbook de Jacques Morin…

Cliquez sur les images pour les agrandir.

Jacques Morin devient officiellement mitrailleur le 9 avril 1944.

Les pages suivantes nous montrent toutes ses missions d’entraînement.

Jacques Morin a commencé à s’entraîner au No. 9 B & G School à Mont-Joli.

On est le 9 mars 1944.

L’avion, un Fairey Battle décolle à 0810. Il porte le code 64 sur son fuselage.

Voici une image d’un Fairey Battle…

Le F/O O.Sullivan était le pilote.

F/O veut dire Flying Officer.

G1 indique quelles sont les balles que tirera Jacques Morin.

On pourra alors calculer le nombre de tirs au but sur la cible.

La mission sera complétée et durera 1 h 20.

Toutes les autres missions seront semblablement décodées. 

Aucune mission ne sera faite de nuit.

22 heures de vol en tout.

Le P/O (Pilot Officer) JB Barton va certifier le logbook pour le C. O (Commanding Officer) du # 7 B & G.

Un autre mitrailleur a fait son entraînement à Mont-Joli.

Romuald Pepin se raconte…

C’est fort intéressant, car son témoignage est fort réaliste exactement ce que Jacques Morin m’a raconté.

Notre entraînement consistait à tirer sur les Fairey Battle [appareil d’entraînement] comme j’avais dans ma main toute à l’heure, il y avait un « drogue », ils l’appelaient en anglais [une cible pour l’entraînement au tir], un grand chausson qui avait à peu près 30 pieds de long et puis c’est là-dessus qu’on tirait. Après que l’exercice était fini, ils étudiaient ça pour voir le pourcentage qu’on avait eu dans notre tir. Alors ça commençait comme ça. On avait fait notre « ground school » [enseignement au sol] qu’ils appellent à Québec et puis après ça, le «air school »[école de l’air] c’était à Mont-Joli. «No. 9 B and G School ». Tout était en anglais dans ce temps-là, c’était le «Bombing and Gunnery School » (école de bombes et d’artillerie). Alors, on a fait notre entraînement à Mont-Joli – de l’air – avant de recevoir nos ailes. Moi j’étais mitrailleur, j’avais une aile de mitrailleur. C’est le 17 septembre 1943 que j’ai reçu mes ailes.

À Bournemouth, c’était un lieu de rassemblement avant d’être dirigé vers nos postes respectifs parce qu’il n’y avait pas seulement des Canadiens à Bournemouth, il y avait des Australiens et des Nouveaux-Zélandais, etc. C’est là que j’ai eu connaissance que la guerre était commencée parce que évidemment les repas duraient très, très longtemps [ce qui permettait de constater le grand nombre d’aviateurs rassemblés pour participer à la guerre]. Il y avait un parc à Bournemouth, station balnéaire, il y avait un parc puis les premiers qui avaient fini des fois ils allaient s’asseoir là parce qu’on n’avait pas de lecture ou rien, c’était un lieu de rassemblement. Sur l’heure du midi, comme la France était occupée dans ce temps là par l’Allemagne, il y avait un ou deux avions, on prétendait qu’il n’avait que deux mais il y avait peut-être plus, ils avaient le système radar en Angleterre mais en bas de mille pieds, c’était facile pour les avions de chasse de ne pas être détectés par le radar. Ils avaient tué 20-25 personnes dans le parc, ils appelaient ça du «ground strafing » [mitraillage au sol]. Le temps que les avions partaient, il y avait déjà un bon bout de fait. Alors, c’était ma première expérience de la guerre si vous voulez.

Il y avait un ministre de l’Air qui était un député à Québec, son nom était C.G. Power. Évidemment, comme il y avait beaucoup de Québécois et Canadiens, ils ont fait pression sur lui pour qu’il organise une escadrille canadienne-française ou canadienne si vous voulez. Alors, au bout d’un certain temps, ça a été accepté puis l’escadrille des Alouettes 425, moi j’étais là, a été fondée en 1942 à Dishforth, dans le Yorkshire toujours. Eux autres les premiers qui s’étaient enrôlés là, ils ont été faire la guerre en Tunisie, en Italie, beaucoup d’avions. Moi je ne suis pas allé, j’ai rejoint l’escadrille après la guerre d’Italie, El Alamein… Je les ai rejoint en Angleterre et puis on a commencé à bombarder la France, la Belgique, la Hollande, l’Allemagne. On bombardait surtout les points stratégiques; les puits d’huile, les centres de chemin de fer pour pas que la munition ne leur arrive en France, parce que la France était occupée à ce moment là. Quand on allait bombarder, on était sept membres. Le «bomb aimer », le bombardier, qui ouvrait les portes à peu près 10 minutes avant l’objectif. C’était très dangereux parce que c’était des bombes incendiaires de 500 livres chacune. Je ne sais pas si vous avez vu dans ce que j’ai amené. De toute façon, alors, pendant ces 10 minutes là on avait le feu en bas qui montait 85 mm et puis qui était pas mal juste. On avait les avions ennemis en plus de ça et on avait notre cargaison de bombes qu’il fallait jeter aux bons endroits. Parce qu’il y a des gens qui disaient, vous auriez pu laisser tomber ça avant ou après. Non, parce que quand les bombes se lâchaient, on avait une caméra qui était scellée dans l’avion. Une caméra qui donnait, en revenant, c’était des officiers spéciaux, puis il ne fallait pas toucher à ça jamais, mais c’était en étudiant où les bombes avaient été lâchées, qu’ils savaient quel dommage avait été fait.

Romuald Pepin faisait partie de cet équipage…

Cliquez ici pour lire l’article en entier.

La prochaine fois…

On tourne la page… du logbook.

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