Réunis après trois ans de séparation

JOURNAL LE DROIT
HULL LUNDI 15 JANVIER 1945

Réunis après trois ans de séparation PAUL BERUBÉ, 22 ans (à gauche), caporal dans le corps d’Aviation Royal Canadien, marcha trente trois milles pour revoir son jeune frère avant que celui-ci partit pour le front. Le caporal Bérubé nous revient d’outre-mer où son devoir le conduisit aussi bien en Afrique qu’en Angleterre. GEORGES, 19 ans, frère de Paul, s’enrôla dans l’armée active dès qu’il eut l’âge, afin de retrouver son frère Paul. Après bien des péripéties, les deux frères se sont trouvés réunis en Angleterre, deux jours à peine avant que Georges traversât la Manche pour aller combattre dans les cadres d’une fameuse unité de fantassins de langue française.

Paul fit 33 milles à pied pour revoir son frère après trois ans de séparation.

II y avait déjà plus de trois ans qu’ils ne s’étaient vus; trois ans alors que Paul, l’aîné, s’était
enrôlé dans le corps d’aviation royal canadien. Et, quelques jours auparavant, il recevait une lettre de son cadet lui disant que bientôt, très bientôt, il entrerait en action et lui demandait de venir le voir. Immédiatement, Paul obtenait une permission et, comme il se dirigeait vers la côte du sud de l’Angleterre, accompagné d’un ami, Guy Michon, de 23, rue Front, à Hull également, il évoquait tout naturellement une foule de souvenirs!

Comment allait-il retrouver Georges, ce frérot qu’il avait quitté quand celui-ci n’avait que
seize ans?… Serait-il grand, petit, gros ou… ou…? = Enfin, il saurait dans quelques heures. Et par une pluie fine et glaciale, comme en connaissent ceux qui ont vécu chez nos alliés anglais, Paul Bérubé marcha trente-trois longs milles, bravant le froid, la boue et la lassitude. Cette nuit là, il coucha dehors sous l’averse. Sans doute, Guy et lui s’étaient fabriqué de quelques pièces une tente quelconque.

Le lendemain, Paul arrivait au camp où cantonnait son frère. Enfin, Paul, 22 ans, et Georges
Bérubé, 19 ans, les fils de M. et MMe Emile Bérubé, 276 rue Notre-Dame, à Hull, se retrouvaient après trois ans.    L’émotion les rendait muets. Paul, reprenant un peu de sang-froid, murmura en badinant à son cadet: « Tiens… tiens… tu te fais la barbe maintenant? »… Les larmes aux yeux, Georges acquiesça de la tête. La glace était rompue…
Les deux frères bientôt se serraient chaudement la main, échangeaient les dernières nouvelles, racontaient leurs multiples aventures, évoquaient les visages aimés demeurés au Canada.

Cette réunion était le dénouement d’une longue aventure . Elle couronnait dignement les
efforts tentés par deux frères, unis dans une vive tendresse. Georges, le cadet, avait vu partir Paul trois ans auparavant et s’était promis qu’à la première occasion, il irait le rejoindre, l’aider dans cette tâche formidable de gagner la guerre. Dès qu’il eut l’âge, Georges n’hésita pas un moment et s’enrôla volontairement dans le Régiment de Hull, sa ville natale. Les fortunes de guerre devaient retarder encore leur réunion. Car, alors que Paul était rendu en Afrique, Georges était orienté vers le Pacifique, à Kiska. Et puis, vint l’heure où, allègrement, il retraversa le Canada, en route cette fois pour l’Angleterre. Là, il fut versé dans les cadres d’une unité réputée de fantassins montréalais. Entre-temps, Paul revenait également à Albion. « D-Day » avait eu lieu et Georges devait partir pour le continent. Il écrivit donc une lettre à son aîné. Celui-ci sans s’arrêter aux difficultés qu’il aurait à surmonter, prit la route. Maintenant, tous les deux se tenaient l’un en face de l’autre… Leurs yeux parlaient plus éloquemment que toutes les paroles de la terre. Ils se comprenaient et souhaitaient le courage et la chance nécessaires pour traverser les heures sombres qui bientôt pèseraient sur eux.

Aujourd’hui, Georges Bérubé se bat quelque part sur le front ouest en Europe. Son frère Paul, revenu au Canada depuis dix jours peut raconter à sa mère comment il avait retrouvé Georges, combien celui-ci avait grandi, s’était formé. Et il peut affirmer, avec un légitime orgueil, que son cadet, son petit frère a conquis la vie elle-même et tonnait désormais à fond son métier d’homme!

Source

article de journal 1

collection Danielle Bérubé

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